jeudi 5 novembre 2009

Tocqueville, « pouvoir social » et chèque-éducation

Pour prendre [l'exemple] des politiques d'éducation, ce sont [...] les réseaux constitutifs du « pouvoir social » qui ont imposé aux écoles de France le pédagogisme, la grammaire structurale, les « mathématiques nouvelles », les méthodes de lecture globale, la prolongation du « tronc commun », le « collège unique », la transformation des enseignements techniques en parents pauvres de l'enseignement général, la mise en sommeil des procédures d'évaluation et de classement des élèves et autres dispositions qui devaient se révéler contre-productives par rapport à la collectivité tout autant que par rapport aux individus. Toutes ces dispositions ont surtout contribué à rendre les apprentissages scolaires moins efficaces sans rendre l'école moins inégalitaire, contrairement aux intentions affichées.

C'est toujours le « pouvoir social » qui interdit que l'on abolisse la « carte scolaire », laquelle, en privant les parents du choix de l'établissement scolaire dans lequel ils souhaitent inscrire leurs enfants, contribue à pérenniser les inégalités, car les enfants des familles aisées, habitant les beaux quartiers, peuvent envoyer leurs enfants dans les meilleurs établissements, tandis que les enfants des familles émigrées n'ont d'autre choix que d'inscrire les leurs dans des écoles de banlieues dont certaines évoquent l'image du ghetto. A contrario, la liberté dont disposent les Américains d'envoyer leurs enfants dans les écoles de leur choix est sans doute l'un des facteurs qui expliquent que l'intégration sociale des immigrants se fasse beaucoup plus facilement aux États-Unis qu'en France.

Si le « pouvoir social » est moins prédominant aux États-Unis qu'en France, cela ne veut pas dire qu'il y soit inexistant. S'agissant des politiques d'éducation, le « pouvoir social » a interdit aux États-Unis que la méthode des vouchers — des chèques-éducation — ne soit adoptée, sauf très localement. Pourtant, elle permet de rehausser au moindre coût la qualité des écoles en donnant aux familles la faculté d'attribuer librement à l'école de leur choix le chèque-éducation que l'administration met à leur disposition.

Dans le cas français comme dans le cas américain, le « pouvoir social » est notamment assis, s'agissant des questions relatives à l'éducation, sur de puissants syndicats d'enseignement dont l'influence est relayée par des intellectuels et des « experts ». Ces derniers viennent légitimer des politiques d'éducation contre-productives à l'aide d'enquêtes et d'analyses se présentant comme investies de l'autorité de la science. Quant à l'attitude des syndicats, des intellectuels et des « experts », elle est due, dans le cas américain comme dans le cas français, à des intérêts corporatistes, mais aussi à ce que les uns et les autres confèrent le statut de vérités d'évangile à de « gros lieux communs » : à l'idée par exemple que la pédagogie détient les recettes à tous les maux dont souffre l'école.


Extrait de l'article « Tocqueville aujourd'hui », par Raymond Boudon, in Commentaire, numéro 109, printemps 2005, pp. 23-24.

vendredi 30 octobre 2009

Éducation : la fin d'un monopole

« Les parents qui mettent actuellement leurs enfants dans des écoles indépendantes font réaliser une économie à l'État. C'est en effet 8 000 euros que ceux qui scolarisent leur enfant dans des collèges indépendants font économiser chaque année au contribuable. Il serait naturel qu'on rende à ces familles une partie au moins de la somme qu'elles font économiser à la collectivité [...]. »

Extrait de l'article « Éducation : la fin d'un monopole », par Claude Fouquet, in Sociétal, numéro 59, premier trimestre 2008, p. 38.

vendredi 21 août 2009

L'école des loisirs

À lire, cette chronique d'un abonné du Monde.fr : « L'école des loisirs » :

- une liberté totale laissée aux familles de choisir leur établissement via un chèque éducation qu'elles pourraient verser à un établissement de leur choix. Si un établissement public perdait trop d'élèves il pourrait laisser sa place à un établissement privé qui récupérerait les locaux (avec évidemment pour lui aussi une obligation de résultats).

lundi 20 juillet 2009

Débat sur le chèque-éducation en Suisse

À lire, sur le blog de Francis Richard, un article retraçant le débat sur le chèque-éducation en Suisse : Le chèque scolaire contraindrait l'école publique à l'excellence.

mercredi 15 juillet 2009

Cinq thèses sur la crise de l'Éducation nationale

Cette étude a été réalisée par Damien Theillier, professeur de philosophie.

Résumé :

L’école de Jules Ferry est entrée dans une lente et douloureuse agonie à partir du début de la Ve République, quand il a été décidé de lui appliquer le Plan Langevin-Wallon de 1947. Ce projet a consisté à transformer l’École de la République, fondée sur l’instruction de tous, l’autonomie du savoir et la promotion des meilleurs élèves, en un système communiste, supposé créer une égalité parfaite entre tous les enfants, grâce à un enseignement unique, uniforme et égalitaire, de la maternelle à l’Université.

Devant l’échec évident de ce projet dès les premières années de la décennie 1960, il a été décidé de transformer radicalement les méthodes d’enseignement. Ce fut la « révolution pédagogique », qui commença avec l’introduction des « pédagogies non-directives », et fut parachevée en 1989 par la création des IUFM, nouveaux organismes de formation des futurs professeurs, chargés de former tous les nouveaux enseignants aux nouvelles pédagogies, et de garantir que le savoir-faire des professeurs des anciennes générations cesse entièrement d’être transmis aux nouvelles. Quarante ans de lutte acharnée contre toutes les traditions héritées de l’École de la République ont finalement eu raison de toute résistance, y compris dans le corps enseignant.

Peut-on encore sauver l’école ? Surmonter une telle crise suppose de poser un diagnostic sans concession. Suffit-il de revaloriser les enseignements traditionnels pour que tout aille mieux ? Ou faut-il mettre en question la structure même du système scolaire ? À travers cinq grandes thèses développées par le philosophe Philippe Nemo dans son livre Pourquoi ont-ils tué Jules Ferry ? , nous allons montrer comment l’Éducation nationale a perdu toute cohérence et toute possibilité de se réformer elle-même. Dès lors, le seul espoir de rénovation de l’École implique de refonder entièrement les structures de notre système éducatif. À défaut de sauver l’école de Jules Ferry, nous pouvons en sauver l’esprit, et restaurer un enseignement de qualité préparant tous nos enfants à réussir leur vie.


Téléchargez l’étude complète : Cinq thèses sur la crise de l'Éducation nationale

Etude également disponible au format papier, sur demande, au prix de 3 €.

vendredi 10 juillet 2009

Le chèque-éducation ne conduit pas à une ségrégation accrue

La Friedman Foundation s'attache à déconstruire dans des questions-réponses les divers mythes sur le chèque-éducation. Le plus ancré dans les mentalités concerne sans doute la ségrégation sociale et culturelle qu'il engendrerait, selon ses opposants. Cet article (en anglais) prouve qu'il n'en est rien, bien au contraire. Le remplacement de la carte scolaire par la liberté de choix de l'école permet aux familles d'inscrire leurs enfants dans des écoles différentes de leur quartier d'origine, le plus souvent culturellement homogène. La carte scolaire, au contraire, empêche les familles d'inscrire leurs enfants ailleurs que dans leur secteur, comme le prouve la situation française, en dépit de la volonté d'assouplissement affichée par le ministre de l'Éducation précédent, Xavier Darcos.

Roman Bernard

jeudi 9 juillet 2009

Pourquoi le libre choix de l'école ?

« Why school choice ? », sur le site de la Friedman Foundation for educational choice.

L'école publique repose à l'origine sur la croyance que celle-ci apporte la connaissance et l'épanouissement à tous et assure la stabilité de la démocratie.

Si cela était vrai, il n'y aurait alors aucun besoin de libre choix de l'école.

Mais ce n'est pas vrai. Le système scolaire fonctionne à deux vitesses. Les enfants, en particulier ceux des zones urbaines, [...] reçoivent une qualité d'enseignement qui dépend plus de l'endroit où ils vivent que de leurs capacités d'apprentissage. Les parents, à moins de pouvoir déménager ou payer les frais de scolarité du privé, ont peu de choix par rapport au type d'éducation reçu par leurs enfants.

L'école publique est, simplement, un monopole qui n'accomplit pas les idéaux des pères fondateurs de l'école. L'ironie tragique est qu'elle accentue la stratification de la société et échoue à promouvoir l'égalité des chances.

En 1955, Milton Friedman, visionnaire, anticipa les résultats de ce monopole et encouragea le retour à la liberté scolaire au moyen du libre choix de l'école. Il avança qu'il serait préférable et plus équitable que le gouvernement donne « à chaque enfant, par l'intermédiaire de ses parents, une somme [chèque] qui servirait seulement à payer son éducation ».

Les avantages de cette idée, qui allait être connue sous le nom de « libre choix de l'école », sont nombreux. Les études montrent que le libre choix de l'école conduit à de meilleurs résultats aux examens pour tous les étudiants et de meilleurs taux d'accès aux diplômes. Elles montrent que les parents sont plus satisfaits et impliqués dans les études de leurs enfants, et que le libre choix de l'école permet de faire économiser des millions de dollars au contribuable américain. Et elles montrent que les écoles publiques s'adaptent positivement à la concurrence.

Mais au-delà de la théorie, ce qui est au cœur du libre choix de l'école, c'est la liberté de choix de la famille. C'est l'enfant au fond de la classe qui ne reçoit pas ce dont il a besoin dans l'école de son secteur. C'est l'étudiant qui ne se sent simplement pas à l'aise dans son école actuelle. C'est la famille qui veut simplement une alternative.

En fin de compte, le but de l'éducation est d'assurer l'apprentissage et de garantir une société libre et une démocratie stable. Ces objectifs sont mieux atteints quand tous les parents sont libres de choisir l'école qui convient le mieux à leur enfant.

Pourquoi le libre choix de l'école ? En un mot, pour la liberté.

mercredi 8 juillet 2009

Pour le pluralisme scolaire

Cette étude a été réalisée par Philipe Nemo, ancien élève de l’École normale supérieure de Fontenay-Saint-Cloud et l'un des meilleurs spécialistes de notre système éducatif. Docteur d’État en lettres et sciences humaines, professeur à l’ESCP-EAP (ancienne École supérieure de commerce de Paris), directeur du Centre de recherches en philosophie économique de l’ESCP-EAP, maître de conférences à HEC, il est l’auteur de Pourquoi ont-ils tué Jules Ferry ? (1991), et de nombreux ouvrages très remarqués de philosophie et d’histoire.

Résumé :

Pour le pluralisme scolaire est un projet de réforme du système scolaire qui vise à créer un nouveau type d’écoles : des écoles autonomes, mais financées par la collectivité.

La Suède a déjà adopté une telle réforme en 1992, avec d’excellents résultats. Non seulement elle a permis d’élever considérablement le niveau d’éducation des élèves, mais cette réforme s’est faite sans aucune entorse au principe d’égalité des enfants devant l’éducation.

Un système d’écoles autonomes financées par la collectivité a également été introduit récemment, sous des formes proches, en Belgique et aux Pays-Bas et, sous d’autres formes, en Suisse et en Grande Bretagne.

Ce n’est pas un hasard. En effet, correctement conçu, ce système permet d’offrir :
  1. un accès à tous les enfants sans condition de ressources financières,
  2. un cursus adapté aux besoins de chacun,
  3. une protection contre toute dérive politique, idéologique ou sectaire,
  4. une gestion rigoureuse des fonds publics,
  5. une forte responsabilisation des parents, des chefs d’établissements et des enseignants.

Tout cela sans coût supplémentaire pour le budget de la Nation.

Le projet tient compte de toutes les contraintes législatives, réglementaires et pratiques liées à sa mise en œuvre en France.

Télécharger l’étude complète : Pour le pluralisme scolaire.